Galerie
Philippe Lamy – peintures – exposition du 23 janvier au 28 février
RUMEURS DE L'ÎLE
Pour moi la peinture est une expérience qui se situe dans la durée.
J’essaye de produire des tableaux qui rendent compte de cette durée, qui permettent au spectateur, à condition qu’il veuille en prendre le temps, d’entrer dans le tableau, de l’explorer et d’en parcourir les strates.
J’aimerais qu’un tableau produise le rythme nécessaire à sa contemplation : ce rythme est complexe, il induit d’abord un ralentissement, puis une respiration et ensuite un voyage qui peut prendre aussi bien la forme d’un survol géographique (une carte, un paysage) que d’une immersion (voyager, se frayer un chemin dans les couches).
La richesse de la peinture se situe pour moi dans la capacité qu’a un tableau à ne pas se révéler d’un seul coup, mais à encourager le regard à s’interroger sur lui-même et à jouer avec ce qui s’offre à lui.
Au temps nécessaire à la « fabrication » du tableau (parfois des mois et plusieurs centaines de couches) répond le temps nécessaire à sa contemplation : une acceptation pour le spectateur de laisser son regard s’aventurer.
Il s’agit tout simplement de faire un tableau, faire une peinture, quelque chose qui se présente frontalement, dans une apparente et trompeuse immédiateté.
Le tableau existe dans un registre de l’apparition, dans un moment, un seuil très particulier, où une « présence » s’affirme avec force tout en manifestant sa fragilité : un seuil sur lequel il se tient et au-delà duquel il sombrerait.
Saisir ce seuil, cet instant fragile, à travers une multitude de couches, d’accidents, de repentirs, d’échecs, de décision et d’indécisions, c’est aussi aborder frontalement la question : « quand donc le tableau est-il fini ? » tout en sachant que le tableau, de toute façon n’est jamais fini, mais accepté, à ce stade précis où il devient lui « même » tout en ouvrant de nouvelles possibilités.
ENTRE-TEMPS : parce que pendant ce temps-là (pendant le temps d’élaboration du tableau) ont lieu d’autres choses d’autres événements et d’autres tableaux qui nourrissent le temps du tableau. D’autres tableaux sous d’autres rythmes.
Un temps feuilleté, polyphonique, stratifié, multiple : peindre c’est aussi donner de l’épaisseur au temps.
Philippe Lamy
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